Jusqu'à récemment, Adrien vivait avec Hélène.

Il se sont rencontrés, il y a quelques temps, dans les couloirs de la Sorbonne. Elle était perdue, ou alors, délicieuse rouerie féminine, elle affectait de l'être.

- La salle 603 ?
- Je t'y emmène, sinon tu ne trouveras jamais. Quel cours vas-tu suivre ?
- Ne te dérange pas pour moi.
- J'allais prendre un café, je passerai à la machine au retour. Quel
cours, alors ?

Les voilà partis. Ils suivent les longs couloirs jaunâtres. Empruntant des portes anodines, ils traversent des cours. Parfois des fenêtres donnent sur d'autres cours, d'autres couloirs. Des escaliers s'enfuient vers des paliers inconnus. Des portes s'ouvrent. Une foule surgit et disparaît, engloutie par une autre porte. D'autres couloirs, d'autres escaliers... Hélène a la tête qui tourne. Des portes s'entrouvrent sur les amphithéâtres sombres. Le bois verni sent bon.

Ils croisent des étudiants pressés, soucieux, négligés, bien peignés, nonchalants. Des panneaux criards, que personne ne lit, annoncent des conférences où personne n'ira. Des cours s'échangent. Certains s'asseyent sur les bancs et attendent, les yeux vagues. D'autres lisent.

Adrien et Hélène ralentissent. La conversation est attrayante et la promenade distrayante. Ne sont-ils pas déjà passé ici ? Non, sourit Adrien. Ils parcourent l'immense bâtiment depuis la rue des Ecoles jusqu'à la rue Cujas. Hélène ne trouvera jamais la salle 603.

Plus tard, bien plus tard, ils s'embrassent dans le Jardin du Luxembourg. Ils sont allés voir la Fontaine de Marie de Médicis, le seul endroit du monde où la surface de l'eau n'est pas horizontale. Ils rient d'être encore sujets à l'illusion d'optique. Ils marchent vers la grotte au fond du plan d'eau.

Ils regardent Acis et Galatée. Les jeunes gens de la statue sont graciles. Leur pose est alanguie et leurs regards pleins de douceur. L'homme peut aussi être heureux, post coïtum. Au-dessus de la nymphe et du berger, Polyphème, sauvage et nerveux, tremble de colère. Il observe, le corps tendu. Funeste présage sur les tendres amours.

Et puis voilà.
Adrien est seul, ce soir.

A0A

 

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