Adrien aime le thé.

Sublime simplicité zen. Rituel cérémonieux dont la perfection élève la tisane au parangon des esthétismes.

Qu'y a-t-il donc dans ce liquide amère ?
Dans les pays du sud, sous la tente des nomades, dans les échoppes des souks, impossible de vivre sans thé. La palabre s'accompagne de tasses. Il paraît qu'existent des tribus qui punissent de mort celui qui refuse de partager le thé.

Chez les vieilles rombières snobinardes, le thé est le moment culminant d'une journée sans intérêt.
- Reprenez donc un petit gâteau.
- Non, merci, j'en ai déjà pris 6.
- Allons, allons, vous en avez pris 8 mais vous croyez qu'on compte ?

Le thé est la boisson de l'Angleterre, nostalgie des colonies ensoleillées ? Une cuillerée par tasse plus une pour le pot, et, by Jove, n'oubliez pas d'ébouillanter la théière.

Il y a aussi le thé aromatisé aux plantes qui font rêver. Assis en rond dans une chambre d'étudiant, nous avons partagé des tasses ébréchées en construisant un meilleur demain.

La boisson de Bouddha et des empereurs de Chine.

Le thé est encore ramassé à la main, séché au soleil. Il y a dans le thé, ces grands clippers, fins et racés, qui volaient sur la mer. Il y a dans la tasse d'Adrien, un peu de vent, de sel, le vol d'un albatros. En penchant le bol, le liquide dessine, sur la paroi concave, l'horizon paisible d'un océan oriental.

Thé des samouraïs, des aristocrates, des nomades, des gentlemen et des hippies, le thé ne serait-il pas dans notre monde trop civilisé, un de nos ultimes liens aux bonheurs simples et naturels ?

A4B

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