La première housse de couette
d'Adrien portait un bateau bleu avec une voile rouge et
l'autre blanche. Quelques traits noirs figuraient des
oiseaux. Un poisson à l'oeil large, une étoile de mer
complétaient le décor sans nuage. Après, il y eut la
couette avec Mickey, la bleu et jaune. Lorsque Maman la
lavait, Adrien dormait dans son autre housse de couette.
Celle-là était multicolore mais il l'aimait moins. Adrien se souvient avoir dormi une nuit
enchanteresse dans une housse de couette unie... C'était
un grand lit de bois blanc. Du pin sans doute. C'était
un été. Un été très chaud.
C'était la Provence, c'était l'adolescence.
Marie, cette nuit, avait eu envie. Envie de dire oui.
Envie de lui.
Rappelle-toi comme tu t'es senti gauche dans ce grand
lit. Il avait agit avec pudeur et douceur. Depuis, à
chaque fois, j'entends les grillons rythmer les caresses.
La housse de couette était jaune. Tout autour courait un
liseré de motifs provençaux.
Et cette couette achetée avec
Hélène dans un grand magasin.
Délicieux frisson au rayon liste de mariage.
- Celle-ci ? proposait-il.
- Elle n'ira pas avec les rideaux.
Ni avec les appliques, ni le tableau, ni tes yeux... Mais
ils riaient en cherchant des raisons de dire non. De
fugaces fâcheries en tendres réconciliations, le choix
ne progressait pas vite.
- Tu n'as aucun goût !
- Faux, puisque je t'ai choisie.
- D'abord, tu ne m'as pas choisie !
- Alors, puisque je t'ai gardée.
- Ce n'est pas une preuve de bon goût. dit-elle, l'oeil
espiègle en attendant un compliment.
Ils finirent par acheter une couette bleue pastel avec
des motifs exotiques et colorés. A quoi pense-t-elle,
Hélène, lorsqu'elle y dort...
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