Dans la lourde chaleur des soirs
d'été,
Toscans et andalous chantaient pour des beautés.
Opalescente robe discernée dans l'ombre,
Adolescent saisissement des sentiments naissants.
La belle, frissonnante de désir et de crainte,
Hésitait derrière une jalousie sévère.
A huit verrous l'huis verrouillée,
Par un père soupçonneux,
Ou un frère présomptueux.
Parfois la chandelle illuminait ses dents.
Parfois la chanson illuminait ses yeux. Notes claires dans la nuit brune,
La mandoline menait sereines sérénades.
Loup au visage et manteau enroulé,
Le cavalier soupirait à mezzo voce
Un douloureux romancero.
L'auditrice essoufflée, attentive, émue,
Fermait la fenêtre pour camoufler son trouble.
Le cavalier grattait alors le montant,
Et, sérieux comme de jeunes amants,
Ils chuchotaient leur amour via des interstices.
Une duègne, une servante venait
interrompre
Leurs premiers pas dans le pays d'amour.
Un dernier regard, un dernier soupir, un dernier serment,
Et l'on attachait solidement les contrevents.
Attendre une prochaine messe, une prochaine promenade,
Pour s'échanger quelques discrètes oeillades,
Ou peut-être un billet, un cadeau, un anneau.
Dans la lourde chaleur des soirs d'été,
Toscans et andalous rêvaient à des beautés.
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